Amar Guillen. Photographier la nature, une aventure intime

Toutes les photographies illustrant cet article et de la galerie sont l’œuvre de Amar Guillen qui les a aimablement mises à disposition.
Introduction : la rencontre avec Amar

Amar Guillen. Photographier la nature, une aventure intime

La rencontre avec Amar a marqué un tournant dans ma pratique photographique. En 2019, alors que je parcourais la région de la Dombe avec mon Nikon Z7 et un zoom 70-200, je croyais pouvoir capturer des images exceptionnelles des oiseaux sauvages. Mais la réalité fut tout autre. Leur méfiance et leur fuite systématique à mon approche m’ont rapidement rappelé les limites de mon équipement et de ma connaissance ornithologique. C’est en 2020, pendant la période de confinement, que j’ai découvert le travail d’Amar et ses stages en affût flottant en Dombes. Intrigué par son approche et les témoignages partagés sur son blog, je me suis inscrit à l’un de ses stages en 2022.

Le stage en affût flottant en Dombe

Ce stage reste un souvenir délicieux, tant pour la magie des instants vécus, (observer et photographier les oiseaux à l’aube, dans la brume et au ras de l’eau) que pour les enseignements d’Amar. Entre les séances de prise de vue, il partageait généreusement son expertise, insistant sur l’importance du décor, de la lumière et du sujet. Ses conseils, comme l’attention portée aux détails qui m’importaient (vaguelettes, reflets, plumes) ou la recherche d’une intention sincère derrière chaque cliché, continuent de guider ma pratique. Aujourd’hui, je suis honoré qu’il ait accepté de répondre à cet entretien, et j’espère que ses images et ses mots sauront vous inspirer à votre tour.

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Comment la photographie est-elle entrée dans votre vie ? Y a-t-il eu un déclic ou une rencontre marquante ?

D’aussi loin que je me souvienne, la photographie a toujours fait partie de ma vie. Mon père possédait un appareil photo que je n’avais pas le droit d’utiliser : j’étais trop jeune, sans expérience. Aujourd’hui encore, cet appareil est toujours en ma possession, en parfait état de fonctionnement.

À l’époque, c’était un objet presque mythique. Je regardais les photos de famille en noir et blanc avec fascination. Ne pas pouvoir m’en servir renforçait encore son aura : il était précieux, presque sacré, et je le vénérais à distance.

Le véritable déclic est survenu lors de ma quatrième année d’études supérieures. J’avais contracté un prêt étudiant pour acheter une voiture, mais j’ai volontairement conservé 4 000 francs pour acquérir mon tout premier appareil photo : un Olympus OM-40, équipé d’un objectif 50 mm. Ce fut une véritable consécration. J’avais enfin accès à cet univers qui m’attirait depuis l’enfance ; un monde nouveau s’ouvrait à moi.

J’ai d’abord travaillé avec des pellicules Fuji Velvia 50, avant de découvrir la Kodak Tri-X 400. Ce fut une révélation : celle du noir et blanc. Une écriture photographique qui résonnait profondément en moi. Encore aujourd’hui, lorsque je développe mes images en noir et blanc, j’apporte toujours une touche finale en y intégrant le grain caractéristique de cette pellicule, comme un hommage à mes premières émotions photographiques.

Comment décrivez-vous votre approche photographique aujourd’hui ?

Aujourd’hui, mon approche photographique est guidée par une passion sincère pour la photographie et pour celles et ceux qui la vivent pleinement. Les photographes qui ne pratiquent la photo que pour flatter leur ego ne m’intéressent pas. Mon travail professionnel se concentre exclusivement sur la nature, que je considère comme un espace de résonance intérieure autant que comme un sujet visuel.

À travers mes images, je cherche avant tout à faire du bien. La photographie est pour moi un moyen d’expression personnel, mais surtout un vecteur de plénitude, de sérénité et de questionnement. J’aime l’idée que mes œuvres puissent accompagner celles et ceux qui les regardent, les aider à se recentrer, à trouver un apaisement ou des réponses intimes. Je m’efforce ainsi de conférer à mes photographies une dimension presque cathartique.

Je dis souvent que nous n’existons qu’à travers le regard des autres. C’est pourquoi ma démarche consiste à observer, à comprendre le monde qui m’entoure, puis à en proposer une lecture sensible. Si mes images parviennent à résonner avec celles et ceux qui les accueillent chez eux, alors j’ai le sentiment d’avoir rempli ma mission.

Quel est le projet (réalisé ou en cours) qui vous tient le plus à cœur, et pourquoi ?

Le projet qui me tient le plus à cœur est toujours le plus récent. Aujourd’hui, il s’agit de celui que je viens de réaliser dans les Asturies, en Espagne. Ce voyage a été pour moi un véritable choc, à la fois visuel et émotionnel.Je me suis volontairement concentré uniquement sur les paysages côtiers. J’avais longuement préparé ce séjour, durant plusieurs semaines, en pensant en maîtriser les contours. Pourtant, une fois sur place, la surprise a été totale. Tout y est d’une puissance saisissante : l’immensité des paysages, le fracas assourdissant de la mer, la violence et l’imprévisibilité des ciels. Face à cette nature brute, presque indomptable, j’ai dû me laisser porter, accepter de perdre le contrôle et d’entrer dans une forme d’écoute profonde. C’est précisément cette confrontation, entre préparation et lâcher-prise, qui rend ce projet si essentiel à mes yeux.

Si vous deviez partager un seul conseil avec un photographe en début de parcours ?

Le conseil que je donnerai est simple. Définissez pourquoi vous pratiquez la photographie. C’est ce que j’appelle le Why photographique. Il découle du Why de vie.
Si vous savez où vous voulez aller, vous ne pourrez que réussir à créer des photos intéressantes, qui ont du sens et qui passionneront les autres.

Une photo qui vous a bouleversé ou inspiré récemment ?

Plus qu’une image en particulier, c’est récemment un photographe qui m’a profondément marqué. Il s’agit de Daniel Sackheim. Je connaissais déjà son nom en tant que producteur et réalisateur de séries que j’apprécie beaucoup, comme Game of Thrones et True Detective, mais j’ai découvert son travail photographique plus récemment.

Il photographie exclusivement avec un Leica Monochrome et explore des univers très éloignés du mien, notamment les milieux urbains nocturnes. Pourtant, au-delà des différences de sujets, ses images dégagent une atmosphère de solitude, de calme et de silence qui résonne profondément en moi.

Cette capacité à faire émerger le silence et l’introspection dans des environnements pourtant denses et sombres m’inspire aujourd’hui dans ma propre démarche. Elle nourrit mon envie de transposer ces émotions dans la photographie de nature, en explorant encore davantage les notions de solitude, de contemplation et de présence.

Comment imaginez-vous la photographie dans 10 ans ?

Dans dix ans, à mes yeux, l’essence de la photographie n’aura pas fondamentalement changé. Il faudra toujours un appareil pour capter et transmettre des émotions, mais l’élément central restera le regard du photographe. L’appareil n’est qu’un outil ; la vision, elle, est irremplaçable.

Le travail de développement, qu’il soit technique ou artistique, n’aura qu’un seul rôle : renforcer une intention déjà présente au moment de la prise de vue. Cela a toujours été le cas et, selon moi, cela le restera.

Créer des images fortes, porteuses de sens et capables de toucher les autres ne peut se faire qu’avec une véritable intention et une émotion sincère. Tout le reste n’est que distraction, voire du bruit.

Conclusion

Les images d’Amar Guillen, qui illustrent cet article et la galerie associée, sont bien plus que de simples clichés : elles sont le reflet d’une quête personnelle, d’une passion inébranlable pour la nature et d’une recherche constante de sens. À travers son parcours, Amar nous rappelle que la photographie est avant tout une aventure intime, une manière de se connecter au monde et de partager une émotion authentique. Son approche, à la fois technique et poétique, nous invite à regarder autrement, à nous interroger sur notre propre pratique et à chercher, derrière chaque image, une intention profonde.

Si son travail vous touche, n’hésitez pas à explorer davantage son univers sur son site web ou à le contacter pour échanger sur sa vision. Peut-être trouverez-vous, comme moi, une source d’inspiration pour vos propres projets photographiques. La photographie, après tout, pourrait être une sorte de langage universel qui nous relie à nous-mêmes, aux autres et à la beauté du monde.

Galerie de Amar Guillen


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